Tiens, au fait, ça fait des années que je n’ai pas vu ma fille, je me demande ce qu’elle devient… Son silence m’attriste. Ce si long silence, frisant sur les ailes de la monotonie… Ceci dit c’est plutôt une bonne nouvelle, cela veut dire que je tiens à elle. Je pourrais lui dire que je suis toujours aussi pimpante. L’autre jour encore, je me promenais nue sur la coursive je sentais le regard des hommes sur moi, ils criaient à pleines paupières : « Je voudrais être ton amant, ton père, ton frère, et t’emmener aux sports d’hiver! »
Enfin, tout ceci ne m’intéresse plus à présent, j’ai fait le tour des hommes et j’ai fini par prendre un chien, Roger, que j’adore.
Elle n’en reste pas moins mon enfant, la chair de ma chair. C’est pourquoi son si long silence m’attriste, je dirais même plus : il me fait souffrir. Mais s’il lui convient, si elle est bien ainsi, je respecte son choix, car ma priorité c’est la liberté. Elle est libre d’être distante, froide et cassante, tout le monde ne peut pas avoir mon joyeux caractère !
À présent que j’ai un peu de recul, je réalise à quel point je suis un rossignol. J’égaye chacun de mon chant, brave et légère dans la joie comme dans la peine. Quel dommage qu’elle n’ait pas hérité cela de moi !
Le silence, toujours le silence, ça commence à bien faire, à la fin ! Ce n’est pas parce qu’elle est sortie de mon ventre qu’elle doit se croire tout permis !
J’irai sans doute à Hambourg le mois prochain. Je lui aurais bien proposé de venir mais je me demande si Roger sera d’accord.