Clotilde Salmon est performeuse, plasticienne et autrice. Queues de cheveux, seins amovibles, visages superposés, l’artiste invente des créatures hybrides, mâtinées d’objet ou d’animal. Ses performances confrontent l’étrange à des injonctions patriarcales et consuméristes et contrefont les stéréotypes marqueurs de contrôle de la beauté jusqu’à les rendre grotesques. Elle fabrique également des masques dessinés sur des sacs en papier figurant notre visage intérieur. Ces procédés revendiquent, souvent avec humour, le droit intrinsèque des individualités à la différence.
Clotilde a performé à Édimbourg pour le Fringe festival, à Strasbourg pour INACT, à la Bellone à Bruxelles avec Et caetera ou encore dans l’espace public avec Poésie is not dead. (C)rêve ! la dernière création du Groupe Performatif Famapoil (Clotilde Salmon, Belen Lorenzo, Sonia Kuipers) en collaboration avec le musicien HBT a été soutenue par la DRAC IDF, la Villa Mais d’Ici et le Générateur. Depuis 2025, elle développe un cours pratique de performance, « Le pouvoir du code » à l’université Paris I Sorbonne. Elle se forme actuellement à l’art thérapie à l’hôpital Sainte Anne.
Clotilde Salmon dit avoir toujours aimé l’art contemporain. Mais elle apprécie aussi les drogues dures et certains chanteurs réactionnaires tel que Michel Sardou. « J’ai toujours recherché les sensations fortes », précise-t-elle. Elle commence très jeune : « dès l’âge de quatre ans, je me rends en Angleterre chez des amis de mes parents qui m’achètent une série de trois dessins Mon père, ma mère et un poney (collection privée) et la revendent aussitôt à d’autres amis de mes parents, faisant ainsi grimper ma cote. » À dix-huit ans elle réalise son premier grand coup : elle conceptualise les fameuses guêtres en soie pour perroquets. Sa grand-mère, directrice de la fondation Parrot freedom, lance l’opération « Réchauffons les perroquets » et lui commande 10 000 guêtres en soie. Cette expérience inspirera la performance De droite mais sympa (collection FRAC Strasbourg). Elle suit des études d’économie et grâce à la spéculation immobilière acquiert un centre commercial sinistré dans lequel elle réalise 17 morts d’Anne Commode (collection Bernard Commode). Clotilde Salmon déborde de projets. Dernier en date : l’achat d’un garde-meuble inclusif qu’elle envisage de convertir en poney-club échangiste. « Je veux, se plaît-elle à dire, être de celleux qui créent l’avenir. »
Entretien avec Matali Marraute pour Le journal du moi.


















