L’extrême amour

Je flotte… J’ai cinq ans, mes parents m’ont oubliée à la piscine, ils sont partis s’acheter des glaces. Je repense à eux car ils sont artistes. Leur pratique artistique c’est l’extrême amour. Finalement je suis fière de mes parents, après toutes ces années, s’ils sont encore vivants, je sais qu’ils s’aiment encore passionnément.Ils ont toujours été très vigilants, à ne pas se faire bouffer par le quotidien, comme mon anniversaire ou aller me chercher à l’école, par exemple.

Au début je ne dis pas que ça me faisait plaisir, j’étais plutôt dépressive comme enfant. Mais j’étais jeune et pas encore formatée par la société. Je me suis souvent demandée si je les aurais d’avantage intéressés si j’avais été un garçon. Mais non ! Tellement modernes ! Garçon ou fille, même combat, rien à foutre ! Au fil de mes fugues, toujours passées inaperçues, j’ai révisé mon point de vue. Je me suis intéressée à leur art pour ne pas crever, pour qu’ils impriment mon visage.

Pour ne pas me réveiller un matin et sentir qu’ils avaient foutu le camp. Ils bossaient comme des dingues, sur leur couple, pour rester contemporains. Ils faisaient des happenings pour un public d’initiés. Un jour, mon père a offert à ma mère, pour son anniversaire, un de ses reins alors qu’elle n’en avait pas besoin. Elle était tellement fière. Elle le portait en bandoulière. Elle lui a aussitôt offert un des siens pour sa fête. Malheureusement, ils n’étaient pas compatibles, au bout d’un moment, ils ont dû les jeter. Alors ils les ont mis dans de la résine et les ont vendus aux enchères, ils ont gagné tellement d’argent qu’ils ne pouvaient plus faire marche arrière. La dernière fois que je les ai vus, c’était à l’hôpital, ils s’échangeaient leurs foies pour la saint Valentin.