L’Angoisse m’habite, partout, tout le temps, du soir au matin, avec un pic vers le milieu de l’aprèsmidi et des fulgurances dans la nuit. Elle me saisit au rayon frais, me masse le côlon chez ma mère et compte mes cheveux chez le coiffeur. Elle me réveille en sueur, m’assèche les muqueuses à l’heure du goûter et tranquillement, me déchausse les dents. Elle s’installe, grignote mes organes, elle a besoin d’espace alors elle me bouffe la moelle. Est-ce que ça commence à se voir ? En tout cas ça se sent, je transpire l’angoisse, une odeur primitive et âcre émane de ma personne. Les gens m’évitent, pour ne pas l’attraper, c’est vrai on n’est jamais sûr de pouvoir la refiler à quelqu’un, ça colle. Mais l’Angoisse, ça n’arrive pas par hasard !Elle flaire nos failles, renifle nos peurs et nos murmures sombres. Un jour elle frappe à la porte et si l’ambiance est bonne, elle repeint les murs de son souffle luisant et elle est chez elle !
Aujourd’hui j’ai compris, j’arrête de lutter, de me forcer à sourire en regardant tout le monde dans les yeux pour prouver que je suis clean. Je finissais toujours par éclater en sanglots, c’était plutôt embarrassant. Je suis devenu philosophe. Moi qui avais si peur de la solitude, je ne suis plus jamais seul ; l’Angoisse m’habite, elle m’accompagne, me donne son avis, elle s’intéresse.
On est en train de devenir amis.