Je vous apporte des nouvelles du cosmos

#1

Je ne sais plus où c’était. Elle dit que ça n’a pas d’importance mais ça n’est pas exact. Dans la forêt de qui ? Les yeux de Mary ou ceux de l’écureuil ? (Bien qu’on ne l’ait pas trop vu ces derniers temps). Je me souviens Barbe voulait que Mike la regarde vraiment, jusqu’à trembler, mais Purple tenait d’abord tout le monde en laisse, surtout les animaux, que ça faisait marrer : « est-ce ta fiction ou ma réalité qui convoque ce réel ? Est-ce mon doigt, sur tes fesses, ou ton pouls, dans mon sexe » ? 

#2

Nous on entendait leurs voix, en son et dans leurs têtes, ou à travers leurs corps, qui filtraient par leurs pores. On entendait plus qu’eux-mêmes parfois je parie. Mais eux, ne voyaient jamais nos manèges, nos approches, nos combinaisons de rêves sexuels, notre drôlerie et notre douceur. Leurs corps intégraient la consigne : ne pas nous percevoir, ne pas croiser nos regards, ne pas voir nos membres se dresser, nos langues se hérisser, nos poils nos ventres nos sexes imaginaires se frotter jusqu’à l’embrasement. Lent et définitif. Pourquoi ?

#3

On inventait des cérémonies. Une étincelle, quelqu’un s’embrasait pour de vrai pour de faux, sans mot sans bruit un frôlement collectif distribuait les cartes. On célébrait la vulve de Purple, la lumière, le démembrement. Quelques-unes et d’autres offraient leurs membres éparpillés au Cosmos, nous, l’écureuil, Mary et moi on fredonnait des invocations, des appels au coït, figures inspirantes combinaisons de pénétration les yeux fermés. 

Des cérémonies faites de mouille de larmes de poil de cils et de foutre rêvé c’est ça qu’on fabriquait ensemble dans l’après-midi. On abjurait la mort et un certain renoncement, qu’on devait reculer toujours, au risque de nous faire ensevelir, peut-être.

#4

Un jour on ne l’a plus trouvée, son absence laissait comme un creux dans chacune de nos pensées, un vide à combler. Petit à petit elle est devenue notre obsession, nous la convoquions sans arrêt. Sa disparition nous délitait nous faisait douter de notre propre présence et de notre force commune, qu’étions-nous individuellement sinon des désirs inarticulés ? Ni des êtres ni des corps pensants représentés par aucun syndicat presque des fantômes. Est-ce qu’on nous l’avait prise ? Pour nous nuire ? Pour nous détruire, une par une, deux par deux, par un par une deux trois ou plus, était-ce la preuve que nos cérémonies faisaient reculer la peine ? Étions-nous d’utilité publique ? On s’appliquait, on s’enfilait à l’infini on restait soudés, mais sans le savoir on avait peur. Sans réfléchir, on se glissait dans ce regard géant qui nous étourdissait à l’aune de sa concupiscence.

# 5

Le temps filait, poisseux. On avait pris l’habitude de faire des phrases, pour rien. Pour s’amorcer, sans doute. Des mots lancés à la volée en direction de l’une ou l’autre, d’un groupe, attiré par les sonorités. Presque un brame. Une soupe collective suave et déconfite. Où va l’élan ? Dans le jardin, se faire prendre par devant. Où sont ses dents ? Dans ma poche, viens les chercher. On se perdait en mêlée synesthésiques, des frottements frôlements bras pliés cercles à franchir, des creux où s’enrouler, des surfaces inondées de sueur, glissement des corps paradigmes intimes.Trou trou trouvé ! Tou tou touché !    Des lèvres arides enfournaient mon visage. J’avais disparu, totalement, dans un tas de soupirs. Là dessous il faisait sombre, comme ta peau marbrée, ta chevelure gaufrée, tes ongles taillés en petites lames. Cette fois à laquelle je pense, la mêlée était aveugle, refusant les plaisirs répétitifs de la lumière, elle ventousait lèvres, mon, langues, sexe, carrés de peau moite, démultiplié. Pistil, poutre, concomitant, joie, remontée le long de hanches étroites, buccale, regard anal frisson jeté brûlant, sur mon sexe, je. Soudain m’arrive la rumeur, de plein fouet tu n’es qu’un jouet, un objet fictif, tais-toi ! Ferme-la ! Tu verras, je suis nous sommes cellules secrètes et indélébiles, je vous effacerai toutes et tous, un de ces quatre des siècles et des siècles au royaume de l’oubli.

#6

Quand elle est revenue on l’avait presque oubliée. Elle nous obsédait à tel point qu’on l’avait absorbée, on avait effacé son nom, sa fréquence, elle était dans les cheveux de Barbe qui fouettait les airs et les paupières, dans les membres éparpillés de Purple et sa bande, les cris de l’écureuil et tous les mots chuchotés, échangés d’une bouche à une autre, d’un abîme à un précipice-moi tout ça qui couraient autours de nous.

Je suis là, elle a dit, elle se prenait pour le messie ma parole. Son regard était étrange. On l’aurait cru habité de mille vies microscopiques qui pétillaient sans attache dans le champ de ses pupilles. Elle faisait presque peur, on aurait dit qu’elle avait grandi, son ombre était si longue, sa voix intérieure résonnait immédiatement dans nos pauvres enveloppes. Nous étions sa caisse de résonance, elle nous englobait sans rien faire de très palpable, de très visible, de très sensible, on n’en était plus là, depuis un moment déjà.

#7

Ensuite elle a soupiré, si fort, sans rien bouger, on a tous, toutes été traversé.e.s. Elle nous traversait, voilà, nous vidait nous remplissait, nous étions pulsation. Nous étions chair, nous étions liquides, soupir étreinte vase clos et univers fluidifiés, repus d’une substance complexe tendrement orgasmique. Elle s’est assise, a ouvert ses jambes, le champ magnétique a opéré, elle a dit sans parler, je vous apporte des nouvelles du cosmos. C’était dingo, fou, inespéré.