Ne rampons plus !

Une fois encore, Manita Cassou-Bourgoin, femme artiste sans appui notoire, se retrouve soumise au bon vouloir nébuleux d’un pater noster aigri de l’art contemporain. Quoi de plus destructeur pour cet être sensible par excellence ?

La vieille baderne la harponne pour mieux la rejeter, mettant en cause sa pertinence et son talent. Manita est brisée. Elle pense d’abord, dans un sursaut, à poignarder son agresseur, puis retourner l’arme contre elle-même. Finalement elle range son couteau à poisson et entre en dépression. L’histoire de Manita est le lot de nombreux artistes. Humiliés au quotidien, ils ne peuvent retourner la violence subie que contre eux-mêmes, certains ne s’en relèvent jamais.

 l’histoire de Manita est malheureusement assez banale. Combien ont sombré dans l’alcool, la dépression ? Combien sont devenus fonctionnaires ou manœuvres, persuadés que leur art ne valait rien, avant de sombrer à leur tour dans l’alcool et la dépression ? Quel gâchis… Tout ça à cause d’un petit décideur. Plus il sera insignifiant sur l’échelle à 6 barreaux de l’art contemporain, plus il usera de son pouvoir décisionnaire à tout bout de champ pour plier, recroqueviller dans ce costume figé de la servilité, les artistes qui viendront le solliciter, annihilant ainsi tout élan créateur.

En bref, il n’hésite pas à briser des vies pour jouir de son pouvoir mesquin. Ce pouvoir pourrait retourner d’où il vient, c’est à dire dans les limbes d’un esprit pourri à l’ego mariné dans l’aigreur. Il suffit que plus une, plus un artiste dignes de respect pour eux-mêmes, réagissent.

Non ! Au patriarcat ! Non ! À la servilité !

Je m’adresse à Monsieur le Ministre de la culture et Madame la Ministre de la Santé et de la solidarité : ouvrez une cellule de crise ! Que toutes celles et ceux, artistes floué-es par un décisionnaire orgueilleux, une décisionnaire méprisante ou quelque intermédiaire prétentieux-se, s’estimant garant du bon goût collectif, les dénonce ! Un refus n’est peut-être pas un « échec » mais un abus de pouvoir. N’ayez plus honte !

Non ! À la reconnaissance obligatoire ! Non ! À la réussite hors-sol !

Artistes dits « mineur-es », si vous estimez en votre âme et conscience qu’un curateur, directrice de médiathèque, adjoint à la culture municipal, subalterne d’un centre d’art, responsable de MJC, ont refusé votre candidature simplement pour asseoir leur pouvoir ou parce qu’ils vous jugent « invisibles », dénoncez les abus, ne rampez plus !

Non ! À la Soif de Domination !

Comme le disait si justement la plasticienne Charmaine Poinseau : « C’est en nous mobilisant individuellement, en totale lucidité, que nous inverserons peut-être la courbe, que petit à petit, en ayant le courage de ne pas nous soumettre à ce rapport de pouvoir mortifère, nous existerons par et pour notre art, en pleine lumière. »