Le premier jour il m’aimait
Le deuxième jour il m’aimait
Le troisième jour il m’aimait
Le quatrième jour il m’aimait
Le cinquième jour il m’
Le sixième jour il
Le septième jour
Le huitième jour il a ouvert les yeux
bientôt tu boiras mes larmes.
Je me baignais dans sa chaleur,
des flacons de son odeur dans un coffret à bijoux.
J’ai souri.
Le neuvième jour il n’a rien dit.
Pas un mot.
Le dixième jour commença l’incantation
inaudible sourde et secrète
toute en finesse d’aiguilles.
et pourtant
Déloge
Gifle
Pulvérise
Ses larmes qui m’étouffent
Elles savent très bien ce qu’elles sont venues chercher
Les fondements de ma vie sauvage
Ta peine aveugle élargit ma mâchoire
Je devine
mon sang transparent
le sel
les mouvements invisibles
Écartelée je levai les yeux :
Tu dansais Ta danse mécanique et solitaire
Au bord d’une crète.
Le douzième jour j’étais devenue
Ta météo marine
mon corps déchiffrait la tempête en temps réel.
Les humeurs de Tes fluides
Était-ce donc ça l’amour ? La Passion ?
Qu’en disaient les satellites,
Peau de balle
L’observatoire national ?
Pas de signal,
La mâchoire pendante, j’étais devenue muette.
Trempés de larmes mes mots se délitaient, glissant, inutiles.
De la bouillie pour les sourds.
La tête à l’est, je l’observais
Immobile et muette
se venger,
Sans raison apparente
de ma chair sabotée, autrefois adorée, puis tolérée, puis décrétée trop triviale pour le paysage par le Droit Souverain.
Le centième jour j’avais si honte d’hésiter encore à le tuer,
Sa peur est partout, bouillonnante.
Je savais qu’il prévoyait de m’abandonner en forêt, attachée à un arbre. Au bout de 12 heures il serait revenu sur ses pas, m’aurait détachée sans un mot et tendu un verre d’eau.
Je composais tous les numéros verts commençant par urgence.
Numéro d’urgence, urgence sanitaire, urgence paritaire, S.O.S serrure, S.O.S solidarité, S.O.S bébé, S.O.S, S.O.S
Mais je restais muette, hors d’atteinte.
Pourvu qu’il pleuve.
J’implorai la météo.
L’ orage a éclaté, énorme, je me suis cachée dans un sentier.
Lorsque j’ai été certaine de l’avoir semé, j’ai enlevé mes vêtements.
Abandonnée aux éléments. La terre la pluie le vent, bercée frottée,
secouée.
Ne reste pas ici. Cours.
Soudain il faisait froid, je sentais de nouveau. Cours. J’ai remis mes chaussures, j’ai attrapé mon manteau j’ai couru. J’ai couru très longtemps.
J’ai couru, hors d’atteinte, jusqu’à la civilisation.
dans ma bouche, un torrent mécanique.